Le bluegrass

Si on vous dit les films O’Brother et Bonnie and Clyde, vous pensez à quoi ? Peut-être à leur bande son entêtante. Bluegrass était à l’origine le surnom donné à l’Etat du Kentucky à cause des reflets bleus de l’herbe qui jonchait les montagnes des Appalaches. C’est depuis les années 40 un style musical américain fondé par Bill Monroe à travers son groupe The bluegrass boys, un savant mix entre la country et la old time music, elle-même dérivée du blues et des musiques anglo-irlandaises.

 

 

Photo d'un groupe de bluegrass

LE BLUEGRASS EN ACTION

La guitare, la mandoline, le banjo à 5 cordes, le violon et la basse (ou la contrebasse) sont les instruments typiques du bluegrass. La batterie est exclue de cette configuration et les instruments électriques y sont rares. C’est sur scène que le bluegrass trouve toute son essence à travers les bœufs (pas les animaux, les concerts !). Pas de partition dans ces séances d’improvisation, si ce n'est celle, plus intuitive, du rôle de chacun lors des concerts : après avoir saisi l’accord tacite du regard des autres membres du groupe, chaque instrumentiste peut choisir de se mettre en avant - on dit qu'il entame un lead - par des chants ou des solos impressionnants de virtuosité, à l'instar des breaks musicaux qui viennent interrompre le flux d'un morceau. Le soliste s’appuie alors sur le back up -l’accompagnement des autres instruments - chargé de le mettre en valeur et de donner le rythme.

 [Ci contre : un groupe de bluegrass en action]

                                                                                                                     

 

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ZOOM SUR LE LEAD

Les percussions sont imitées par le banjo sur le modèle de la pompe (voir notre article sur le jazz manouche), par la mandoline (on dit qu’elle « aboie ») et par le violon qui déploie toute une série de riffs venant s’intercaler au milieu des vers chantés. Quant à la basse, elle se pose en alternance d’un temps par rapport à celui de la mandoline, créant un effet boum-tchak. Ce jeu sur les contretemps doit être assez bien maîtrisé pour permettre au lead de se laisser aller à ses acrobaties doigtesques. Peu importe si cet interlude musical reproduit la mélodie de la chanson ou s’en écarte vers une improvisation de jazz : tout se joue au feeling ! Composés de trois à cinq voix, les chants rappellent la tradition rurale par leur caractère fort et haut en tonalité, la séquence chantée en chœur par le baryton et le ténor embrassant celle du chant lead.

 [Ci dessus : un dobro]

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UNE MUSIQUE MARGINALE

 Dès ses débuts, le bluegrass s’est posé en contrepoint de l’effervescence des musiques électriques, à commencer par le rock’n roll et la pop. Bill Monroe, son grand représentant, a d’ailleurs déclaré que le bluegrass était la musique rurale (country) par excellence, créée par et pour les gens de la campagne. Mais le genre accueille aussi des influences extérieures en intégrant divers styles (danses irlandaises, valses et balades européennes, polkas de l’est…) et divers autres instruments (le dobro, cette guitare à résonateur ; le dulcimer, variété de cithare ; l’harmonica…). Il a d’ailleurs séduit jusqu’aux populations citadines, donnant naissance au newgrass au milieu des années 70. Depuis les années 90, il a enfin ouvert complètement la voie aux femmes dont l’admission au sein du genre n’avait pas été favorisée par le climat social et patriarcal.

[ Ci contre : Ralph Stanley, chanteur et musicien de bluegrass, à l’origine du groupe The Stanley Brothers @ Rob Crawford (Wikipédia) ]

 

 

LE BLUEGRASS AUJOURD'HUI     

Aujourd’hui, ces règles implicites basées sur le respect du jeu des autres, les fanzines comme Bluegrass ! ou Le Cri du Coyotte sur la musique country ou encore l’affluence dans les festivals américains et européens témoignent de l’existence d’une communauté soudée au sein de laquelle amateurs et professionnels se rencontrent volontiers sur et en dehors des scènes pour des bœufs inopinés. Des massifs du Kentucky aux festivals internationaux, le bluegrass se répand hors des sentiers battus de l’industrie musicale. S’il est souvent assimilé à un genre « protestant », notamment à cause des harmonies vocales, certains adeptes vont jusqu’à invoquer une énergie spirituelle pendant les concerts. Peut-être bien en effet qu’il se passe quelque chose, car quand on ne se prend pas à en jouer soi-même, les rythmes enjoués du bluegrass persistent à nous suivre comme une vieille ritournelle…

 

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 [ Ci dessus : Alison Krauss, une chanteuse bluegrass-country @ Filberthockey (Wikipédia) ]

 

 

Pondu par Nina de Seclin

 

 

Un petit air original bluegrass ? Ecoutez  « Foggy Mountain Breakdown »

 

 

Sources :

-       « The History of Bill Monroe ». Bill Monroe, the father of bluegrass : official website [en ligne], consulté le 13 février 2014. URL : https://www.billmonroe.com/bill-monroe-bio

-        “ Le boeuf en bluegrass”, France Bluegrass Musique Association [en ligne], consulté le 13 février 2014. ULR : http://www.france-bluegrass.org/boeuf.html

-       « Et le bluegrass fut », France Bluegrass Musique Association [en ligne], consulté le 13 février 2014. ULR : http://www.france-bluegrass.org/quoi.html

-       « Qu’est-ce que le bluegrass ? », Lampridic Bluegrass band [en ligne], consulté le 13 février 2014. URL : http://www.lampridic.fr/quest-ce-que-le-bluegrass/

-       « Generation by generation, women’s profiles in bluegrass have risen », Jewly Hight [en ligne], consulté le 01 juin 2016. URL : http://www.nashvillescene.com/nashville/generation-by-generation-womens-profiles-in-bluegrass-have-risen/Content?oid=1202875

-       « La musique bluegrass », Bluegrass guitare [en ligne], consulté le 01 juin 2016. URL : http://www.bluegrassguitare.com/la-musique-bluegrass/

 

Le jazz manouche

 

Django_Reinhardt_(Gottlieb_07301) 200.jpgQuand on parle de jazz manouche, c’est immédiatement le nom de Django Reinhardt qui vient à l’esprit. C'est lui qui a en effet opéré la fusion de la musique tsigane avec la particularité swing du jazz classique afro-américain dans les années 30, conférant au son manouche son identité propre. Au-delà de l’aura de Django, arrêtons-nous quelques instants sur les évolutions de cette musique de « virtuose ».

 

LA MUSIQUE DES MANOUCHES : UN PEU D'HISTOIRE

Auparavant, il semble la musique des Sinti (autre nom pour « Manouche ») ne se distinguait pas vraiment de la musique tsigane, si ce n'est la caractéristique de s'approprier la musique des pays où s'arrêtent les roulottes – c'est-à-dire, dans le cas des Manouches, la musique d'Alsace, d'Allemagne et d'Italie. Les tsiganes ont inventé un genre à part entière qui se distingue d’abord par son mode d’apprentissage. Très tôt, les jeunes gens exercent leurs doigts sur les cordes de violon ou de guitare, instruments facilement transportables. La musique imprègne totalement le cercle familial, quand elle ne suscite pas des vocations : acquérant une dextérité que des années de solfège ne parviennent pas toujours à égaler, certains manouches, comme Django Reinhardt (1910-1953), sont devenus des maîtres de l'improvisation et de la virtuosité. Mais la musique tsigane, c'est aussi une voix forte et sensuelle qui donne corps à l'émotion en évoquant les joies, les peines et les fiertés des individus.

 

 

QUAND DJANGO RENCONTRE LE JAZZ

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Le jazz manouche a d'abord emprunté à la valse musette et à la chanson populaire à travers la création du « swing musette ». Le banjo, qui a longtemps été l’instrument de prédilection de Django Reinhardt lors de ces bals, serait à l’origine de la technique dite « du marteau » : ayant perdu deux de ses doigts, Django a développé le jeu du « poignet cassé » pour gagner en force et en vitesse. La pompe devient le trait principal de la fusion du jazz et du manouche : le jeu improvisé du guitariste soliste est porté par la rythmique cadencée et enjouée de deux guitaristes en arrière-plan (c’est la « pompe »). Rompant avec cette régularité, le soliste multiplie les « single notes » (notes jouées l’une après l’autre par opposition aux accords) et les effets techniques faisant du genre une musique de virtuose et créant un effet tantôt intimiste, tantôt entraînant.

Là où le jazz afro-américain repose sur la batterie, ce sont donc trois guitares, un violon et une contrebasse qui mènent la danse. Cette configuration est celle du Quintette que Django et le violoniste Stéphane Grappelli vont investir au sein du Hot Club de France en 1934. Sa notoriété lui permettra de rencontrer et de collaborer avec les plus grands jazzmen de son temps tels que Duke Ellington. Devenu compositeur, Django introduit la clarinette dans son second Quintette, puis se met au bebop et à la guitare électrique, rompant avec l’idée d’un « carcan » inhérent au jazz manouche.

 

 

LES HÉRITIERS DE DJANGO

Depuis la mort de Django, sa flamme n’a cessé d’être entretenue à travers des courants dont l’audience est plus ou moins importante selon les époques et les régions (Allemagne, puis France et Grande Bretagne), entre fidélité à la tradition tsigane (famille Ferré, famille Garcia à la Chope des Puces de Paris) et penchant pour la modernité du jazz (Trio Gitan). La famille Reinhardt et la famille Schmitt y sont également pour beaucoup, mais l’on peut citer plus récemment Birelli Lagrène ou le Trio Rosenberg. Le jazz manouche connaît enfin un regain dans la chanson française actuelle à travers des artistes comme Thomas Dutronc ou Sanseverino.

Si les manouches étaient autrefois dans une démarche de séduction des peuples autochtones par la réutilisation de leur répertoire, c’est plutôt l’inverse qui se produit aujourd’hui : attirés par les musiques du monde, de nombreux artistes de tout bord s’essayent au manouche l’histoire d’un ou deux titres sur leurs albums.

 

 

 

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Pour aller plus loin :

Jerôme CHIVARD, « Le jazz manouche », Le portail des bibliothécaires musicaux [en ligne], consulté le 8 février 2014.

Francis COUVREUX, « Tsiganes Musiques », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 8 février 2014.

 

Pondu par Nina.

 

 

Humour, humour !

RENAN, « Top 10 des raisons de ne pas pouvoir encadrer le jazz manouche », Topito [en ligne], consulté le 8 février 2014.

 

Le hip hop

Petit tour d'horizon

par Bertrand DUPOUY (Zone intermédiaire)

Soirée des curieux le vendredi 29 novembre 2013 à 19h à Seclin

Grand master flash.jpgLe hip-hop, né dans les ghettos noirs de New York dans les années 70, ne saurait se réduire à une nouvelle forme musicale : il se pose comme une culture à part entière, alliant le rap (cette manière particulière de phraser un texte), le djing (au départ, un recyclage d'enregistrements existants, qui fait de la platine disques un instrument virtuose), la danse, le graf', des codes vestimentaires, etc. Rapidement, il deviendra le vecteur idéal d'une critique politique et sociale, chroniquant la vie à l'intérieur du ghetto. Né sur la côte est, il essaimera sur la côte ouest, notamment sous la forme du gangsta rap, avant, en trois décennies, de s'imposer partout dans le monde. La France, notamment, sera pour le hip-hop une terre d'accueil importante, mais il est tout aussi présent dans les pays africains, au Brésil ou au Japon. Des débuts dans le Bronx aux tendances actuelles, révision en musique.

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